samedi 16 mars 2019

Nouvelle-Zélande : peut faire mieux!


                                             
                                 Bay of Islands, Oakland, Nouvelle Zélande                                          Latitude: 36 52S  Longitude: 174 46E   UTC +12 Temp. : 24°
Distance  parcourue : 31.855 km, Waterloo à 18.278 km

Ça y est ! Pour la première fois de notre vie, nous marchons à l’envers. En effet, nous abordons Bay of Islands, en Nouvelle-Zélande, aux antipodes de la Belgique. Les pattes au plafond, comme une mouche, eh bien, tout compte fait, ce n’est pas si difficile. D’ailleurs, tous les Néo-Zélandais font pareils. Seulement, malins, ils ont aussi construit leurs rues et leurs maisons à l’envers, les voitures roulent les roues en l’air, et donc en finale personne ne remarque rien .


Entrée du Magnifica dans Bay of Islands

Bay of Islands, c’est l’endroit chic et cher de l’île du nord. 200 km2 d’eaux turquoise parsemées comme son nom le laisse deviner, de centaines d’îles et d’îlots, plus jardins anglais (= sauvages domestiqués) les uns que les autres. Ça et là, un vignoble, un parc à huitres, une marina. Partout, des bungalows en bois  et des pelouses manucurées.
Marlborough's hotel, Russel (c'est une plage, pas le Chalet Robinson)
La station balnéaire principale, Russel, a des airs résolument  de Truman show, avec Jim Carey. Tout est beau, propre, fleuri. Les gens sont souriants, ça sent le thé à la bergamote et le scone à la myrtille. Les voitures roulent tranquillement, ne font pas de bruit, les vaguelettes sont quasi imperceptibles (on se croirait sur le Léman*), les mouettes ont depuis longtemps arrêté de se quereller. C’est inouï, il faut le voir pour le croire et se pincer pour y croire. 
 Le commissariat de police. Une plaque mentionne : le commissaire habite ici, veuillez respecter son intimité.

Ben oui, il est midi, l'heure de l'apéro...
Et dire qu’il y a des veinards qui vivent ici ! (Comptez quand même 700.000 € pour un bungalow moyen).
Oakland, skyline
Oakland, la capitale de l’île du nord, représente le mix idéal : la périphérie (où on habite) est verte, aérée, fleurie, et le centre (où on travaille) est vertical, animé et modernissime. Système de trotinettes électriques publiques comme à San Diego, carrefours libérés pour les piétons dans les quatre sens et les deux diagonales à chaque phase, musées à la
 pointe de la scénographie, population jeune et cosmopolite (3ème au monde derrière Dubaï et… Bruxelles), arts dans la rue avec guide téléchargeable, boutiques de A.rmani à Z.egna, ils ont tout !


Oakland Sky Tower

La culture maori est partout. Au musée national, bien entendu, qui présente des tikis (statues), des armes, tous les artefacts de la vie traditionnelle, ainsi que tous les aspects plus récents liés aux différents rois (il y en eut jusqu’en 1840, ce n’est pas si vieux que ça). Mais aussi dans les bijoux actuels, les nombreux tatouages des jeunes, dans le graphisme des enseignes, voire dans la vie quotidienne (la haka des All Blacks au rugby par exemple).
Bref, nous avons ici un petit coin de la planète bien préservé des turpitudes occidentales, où règne un art de vivre rare et préservé. 
Tiki d'un Manneken-Pis local, un peu plus hard que le nôtre... (chapeau, quand même)

De tout notre périple, c’est le premier endroit où je me suis dit que j’y reviendrais bien (en avion) pour mieux le connaître. La Nouvelle-Zélande mérite vraiment qu’on la « fasse » mieux qu’en trois jours.
Manneken-Pis, après s’être gavé d’agneau, de moules vertes et de clams, a conservé un ormeau (celui-là même qui est utilisée pour réaliser les yeux des tikis).

MM

*Encore une comparaison de touristocrate, désolé.

lundi 11 mars 2019

Fidji Bitter

Suva et Lautoka, Fidji
18°8 Sud 178°26 Est    UTC +12 Temp. : 30°
Distance  parcourue : 29.693 km, Waterloo à 16.353 km

C'est pas nouveau, le touriste adore comparer ; Bruges est la Venise du nord, c'est bien connu. Donc commençons fort et osons le dire : Fidji est la Maurice du Pacifique! 
Situées toutes deux à grosso modo 20° sud, elles partagent un même type de climat, la même végétation luxuriante, et le même relief volcanique. Toutes deux sont d’anciennes colonies britanniques, et donc on y parle anglais, on roule à gauche, on boit du thé et on joue au golf.  Et, last but not least, les gens sont naturellement accueillants, bienveillants, et foncièrement gentils. On y trouve une importante population hindoue, et les petits écoliers portent un uniforme charmant. Différence : ici l’uniforme est un sarong, porteur des premiers parfums d’Asie. 
Nous avons commencé notre excursion par la visite d’un village (un vrai village, pas un Fidjiland). L’organisation sociale est encore majoritairement clanique : un chef de village qui veille sur son clan et des relations largement basées sur l’échange de biens et de services, l’argent (dollar fidgien) ne circulant que très peu intra muros. Le revenu moyen est très bas, mais ils vivent confortablement, quoique sans aucune fioriture. Les maisons comportent une ou deux pièces (mais avec la télé), la nourriture, riz, taro (un tubercule commun en Océanie) et fruits, le couchage, une natte en feuilles de pandanus. Bref, en dehors des deux villes (Suva et Lautoka), c’est le règne de la simplicité. Le pays n’exporte plus que des rugbymen et des golfeurs. 


Ecole primaire de Mausuru, Suva, Fidji

Colo-i-Suva forest reserve
Bref, les petits écoliers sont tout excités de nous voir dans leur école, les instituteurs viennent bavarder, les habitants nous font visiter leur maison. Que du bonheur ! Plus tard, dans la réserve forestière, des ados s’amusent à jouer Tarzan au bord d’une cascade : la PlayStation ne les a pas encore contaminés.

Le marché, Suva
Le lendemain, changement de décor et cap sur Beachcomber Island, un des petits îlots coralliens au large de Lautoka, pour un dernier shot d’île paradisiaque avant de revenir à la civilisation (Nouvelle-Zélande et Australie). Pour préciser l’ambiance, c’est à deux brasses de l’île de Monuriki, où a été tourné « Castaway » avec Tom Hanks dans le rôle du naufragé de la Fedex. Tout y est : tortues marines, fonds coralliens, poissons d’aquarium par milliers. Et même la Fiji Bitter pour se réhydrater…
Beachcomber Island

Beachcomber Isl. : pas besoin de plonger pour voir la faune
 "Castaway"

MM

jeudi 7 mars 2019

Tonga, vraiment au bout du monde

                                                         Nuku’alofa, Tonga                                                                                              18°39 Sud 173°59 Ouest   UTC +12 Temp. : 31°                                                               Distance  parcourue : 28.627 km, Waterloo à 16.724 km                                                    
J’ai retiré à  Pago-Pago son titre d’île du bout du monde pour le décerner à Tonga, parce que, là, c’est vraiment le cas, ne fût-ce que par sa position géographique sur le fuseau horaire +12. Ici, on accoste quasi en centre-ville, qu’on rejoint par un sentier en gravier. A l’entrée de celui-ci, une fanfare du style Moulinsart nous attend en musique tandis qu’une officielle nous souhaite la bienvenue au nom du Roi Tupu VI, dont on aperçoit le palais un peu plus loin. Outre les traditionnelles boutiques de souvenirs, se sont installés l’Office du Tourisme, un coiffeur, la poste et un bureau de change ! Bref, l’arrivée du bateau est l’événement du jour à Nuku’alofa, qui ne doit pas en voir beaucoup. On entreprend ensuite un tour de l’île en taxi. Le chauffeur (qui s’appelle Jef) parle très peu et très mal anglais, ce qui ne facilite pas le dialogue.  Nous  comprenons cependant qu’il va nous montrer les sites immanquables de son île. 
 Le tombeau de Tupu I

Le seul cocotier tri-céphale au monde

Ça commence par le site où le Capitaine Cook ancra son bateau lors de sa « découverte » de l’île en 1777 (une prairie au centre d’une mangrove, ça nous fait une belle jambe), cela se poursuit par le tumulus du Roi Putu I (un carré de pierre d’un mètre de haut) et la découverte impressionnante d’un cocotier à 3 têtes mentionné sur tous les feuillets touristiques. Au passage, nous avons raté le spectacle des cochons pêcheurs, qui fouillent les petites flaques laissées à marée basse avec leurs groins à la recherche de crabes et de vers : c’était marée haute (et ces cochons-là sont de piètres cochons plongeurs).  À ce stade, je me sens un peu comme un touriste japonais qui découvre que Manneken-Pis n’a pas la taille de la Statue de la Liberté. 
                          
Tsunami Rock
Heureusement, deux sites vont corriger le tir : le rocher du tsunami et les trous souffleurs. Le rocher est une énorme boule de pétanque qu’un tsunami a roulée à plus de trois cents mètres de la côte. Belle démonstration de la puissance destructrice des raz-de-marée. 

Les trous souffleurs sont la succession sur quatre kilomètres de falaises, de failles et de trous dans lesquelles les grosses vagues du Pacifique  s’engouffrent avec violence, projetant des geysers bruyants sur une vingtaine de mètres de hauteur. On les voit arriver par la gauche, passer devant nous et filer à droite, tout ça avec un vacarme de train à vapeur. Cela nous évoque les feux d’artifice brésiliens, qui courent sur la plage à la nouvelle année ! 
Festival de trous-souffleurs

Dernière surprise de la journée : les cimetières. 


Comme aux Samoa, tous les nationaux sont propriétaires de leur terrain et y sont « enterrés »… Avec trémas, parce qu’ici il semble plutôt qu’on pose les défunts sur le sol et qu’on déverse sur eux un tombereau de gravier. Cela donne un peu des allures de chantier inachevé à certains jardins. Curieux ! Une bonne Maui clôturera finalement une journée finalement intéressante dans ce petit royaume du Pacifique.
MM



lundi 4 mars 2019

Samoa, vingt-quatre heures d'avance

Apia, Samoa
13°49 Sud  171°45 Ouest   UTC +13 Temp. : 31°
Distance parcourue: 27.737km, Waterloo à 15.901 km

Commençons par nous étonner du fuseau horaire : GMT+13 heures ! 
Avant c'était -11 heures, comme sa voisine (70 km), les Samoa américaines. Mais le décalage horaire avec ses partenaires commerciaux (Australie et Nouvelle-Zélande) s'est révélé problématique. Quand il était vendredi aux Samoa, c'était déjà samedi en Nouvelle-Zélande. Et quand les Samoyans (je vais quand même aller vérifier comment on les appelle) allaient à la messe le dimanche, Sydney et Brisbane faisaient eux des affaires. Les habitants rassemblés devant la Clock Tower ont applaudi quand l'horloge a sonné minuit le jeudi 29 décembre 2011, transportant  le pays 24h plus tard, le 31 décembre. La date du 30 décembre n'a tout simplement pas existé, un événement dignement fêté sur l'archipel!

Apia, Clock Tower

Shopping au milieu des conteneurs
Après un peu de shopping dans les boutiques improvisées montées au pied du bateau, promenade en bord de mer jusqu'à la Cathédrale de l'Immaculée Conception, un très bel édifice quasi les pieds dans l'eau, dont l'intérieur surtout est assez étonnant avec son plafond en lambris précieux.
Cathédrale de l'Immaculée Conception


Après  la visite, nous ne sommes pas allés boire un coup au Café de l'Immaculée (notons au passage que la Vierge a aussi son compte gmail), nous ne sommes pas non plus allés manger un fish'n chips au Ritz, ...


Aggie Grey's Hotel

... nous sommes allés boire une bonne bière locale dans l'hôtel Aggie Grey, l'un des plus mythiques du Pacifique.  Aggie Grey a fondé son hôtel en 1933 et est devenue l'une des personnalités les plus populaires et les plus connues de Samoa. Elle a accueilli de nombreux acteurs célèbres, notamment Dorothy LamourMarlon BrandoWilliam Holdenet Robert MorleySon hôtel a aussi participé à la production du film "Return to Paradise" (1953) avec Gary Cooper. Il est maintenant devenu le "Aggie Grey's Samoa Sheraton Hotel & Bungalows"... Tant qu'à faire, c'est quand même mieux qu'un Mc.Do.
La Vailima, bière de Samoa

Bus locaux
MM

dimanche 3 mars 2019

Pago Pago : un nom raccoleur


                         Pago Pago, American Samoa                        
                                               14°16 Sud, 170°42 Ouest   UTC -11                                                   Distance  parcourue : 27.612 km, Waterloo à 15.941 km

Petite escale bien sympathique. On se serait attendu à quelque chose de ronflant, vu la renommée du nom, le nombre de night-clubs et de bars louches qui l'affichent, mais vraiment non, c'est une toute petite île où les gros bateaux ne font escale qu'une fois par mois. La preuve : on est arrivé un samedi, jour sacré par excellence, et l'office du tourisme était fermé.Encore une fois, les Polynésiens sont cools ; ils s'en foutent royalement. J'adore.

Bref, on s'est trouvé un taxi. George est un Samoyen moyen (j'irai vérifier demain comment on les appelle en français) : donc il fait 1.90 M et 140 kg. On ne discute donc pas le prix de la course. Il nous amène sur la côte ouest où il habite (c'est superbe, on se croirait à Moorea). En chemin, il nous raconte les particularités de l'île : le samedi, c'est sacré, parce que le dimanche, c'est encore plus sacré. On consacre donc le samedi à faire les courses pour le UMU du dimanche, pour préparer les habits pour la messe, pour acheter les fleurs à offrir aux hôtes du dimanche, pour faire laver la voiture (les églises-nombreuses- proposent des car-washes), et pour aller à plage (le dimanche, on ne peut pas).

 la côte ouest
petite tombe privée dans le jardin

Chaque famille samoyède est par définition propriétaire de son terrain. C'est immuable. Donc, et c'est assez bizarre à nos yeux, dans chaque jardin, il y a le coin cimetière, comme chez nous il y a le coin potager.  Cela ne les trouble pas plus que ça, nous avons vu de nombreuses serviettes de plage sur les tombes. Les stèles des plus récentes sont à 60°, histoire d'être plus confortables pour bronzer, je présume.


The flower pots, côte ouest


L'IDL,  2 jours pour le prix d'1.

AVERTISSEMENT : Si vous ne comprenez rien aux fuseaux horaires, ce qui va suivre n’est pas pour vous.
La terre tournant dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, le soleil se lève (en fait, semble se lever) à l’est et se couche à l’ouest. À un moment déterminé, il est donc plus tard à l’est (le soleil « est déjà passé ») qu’à l’ouest (le soleil « n’est pas encore passé »). 
Lors d’un samedi midi à Greenwich, il est déjà treize heures à Bruxelles, quatorze heures à Athènes, quinze heures à La Mecque, dix-sept heures à Karachi, mais seulement sept heures à New-York, quatre heures du matin à Los Angeles et trois heures à Honolulu. 
Si on continue ce raisonnement, on est samedi soir (23 heures) à Nouméa (Nouvelle-Calédonie), et samedi matin (01 heure) à Pago-Pago (Samoa). 
Entre les deux, à Kiribati, il est minuit, mais minuit de quel jour ?. 
Que se passe-t-il si nous passons la ligne en bateau d’est en ouest  durant la nuit du samedi au dimanche, disons à minuit heure locale ?
Pendant que vous réfléchissez, je rouvre un chapitre du « Tour du Monde en 80 jours ». pour demander à Jules Verne de m'aider :


L’horloge marquait huit heures quarante-cinq, quand il parut dans le grand salon... Phileas Fogg avait accompli ce tour du monde en quatre-vingts jours !...              Phileas Fogg avait gagné son pari de vingt mille livres ! 
Et maintenant, comment un homme si exact, si méticuleux, avait-il pu commettre cette erreur de jour ? Comment se croyait-il au samedi soir, 21 décembre, quand il débarqua à Londres, alors qu’il n’était qu’au vendredi, 20 décembre, soixante-dix-neuf jours seulement après son départ ? 
Voici la raison de cette erreur. Elle est fort simple. Phileas Fogg avait, « sans s’en douter, » gagné un jour sur son itinéraire, et cela uniquement parce qu’il avait fait le tour du monde en allant vers l’est, et il eût, au contraire, perdu ce jour en allant en sens inverse, soit vers l’ouest. En effet, en marchant vers l’est, Phileas Fogg allait au-devant du soleil, et, par conséquent les jours diminuaient pour lui d’autant de fois quatre minutes qu’il franchissait de degrés dans cette direction. Or, on compte trois cent soixante degrés sur la circonférence terrestre, et ces trois cent soixante degrés, multipliés par quatre minutes, donnent précisément vingt-quatre heures, c’est-à-dire ce jour inconsciemment gagné. En d’autres termes, pendant que Phileas Fogg, marchant vers l’est, voyait le soleil passer quatre-vingts fois au méridien, ses collègues restés à Londres ne le voyaient passer que soixante-dix-neuf fois. 
C’est pourquoi, ce jour-là même, qui était le samedi et non le dimanche, comme le croyait Mr. Fogg, ceux-ci l’attendaient dans le salon du Reform Club. 
Et c’est ce que la fameuse montre de Passepartout, qui avait toujours conservé l’heure de Londres, eût constaté si, en même temps que les minutes et les heures, elle eût marqué les jours !

Revenons au MSC Magnifica. Qui donc, dans notre exemple, a passé la fameuse (International Date Line) le samedi à minuit heures locales. À cet instant, il est (+12 heures) dimanche midi à Bruxelles et dimanche 24 heures sur l’IDL. À 00 heure 01 minute, le Magnifica navigue donc le lundi. Il n’aura pas connu de dimanche ! (Un rêve, je déteste les dimanches. On devrait passer l'IDL tous les samedis soirs.)

L’IDL de Kiribati, merci. Grâce à toi et ta promotion 2 jours pour le prix d’1, Manneken-Pis, en action urinaire à ce moment précis, aura pu battre un record inscrit au Guiness Book :
1.    Le record du pipi le plus long : du samedi 23 heures 59 minutes quarante-cinq secondes au lundi 00 heure 00 minute 15 secondes, soit vingt-quatre heures et trente secondes !

     Une dernière pour la route : au moment où le Magnifica passe l'IDL (00h01), Waterloo (ou Issy-les-Moulineaux pour ma fille) se retrouve dimanche 3 mars (11h01), Pago-Pago est toujours le samedi 2 mars (23h01) et le Magnifica dans les eaux territoriales de Samoa est déjà le lundi 4 mars (00h01). Trois dates différentes du calendrier sont alors utilisées sur la planète. Cette particularité va durer deux heures!


Phileas Fogg avait donc gagné les vingt mille livres. Mais comme il en avait dépensé en route environ dix-neuf mille, le résultat pécuniaire était médiocre. Toutefois, on l’a dit, l’excentrique gentleman n’avait, en ce pari, cherché que la lutte, non la fortune.


Ce matin, Manneken-pis, cabotin, va fièrement revêtir le tweed et le gibus de Phileas Fogg…


Au passage, il a quand même acquis une superbe dent de requin...
MM

vendredi 1 mars 2019

Un tiercé gagnant

Îles de la Société
                                       16° 29′ Sud, 151° 44′ Ouest   UTC -10                                  
Distance  parcourue : 25.694 km, Waterloo à 15.660 km

Après cinq jours de navigation, nous voilà donc dans les Îles de la Société, dont Tahiti, Moorea et Bora-Bora sont les plus connues. Arrivés à Papeete (prononcé PAPÉ-ÉTÉ, ce qui évite les dérapages scatologiques) un dimanche, la première impression n’est pas grandiose. Tout est fermé, sauf les églises. Tout, c’est le marché, les magasins, les restos. Vraiment tout : pour une île qui vit du tourisme, ils s’en fichent royalement, de notre arrivée ; ce qui démontre déjà un aspect de la personnalité de ses habitants : ils sont extrêmement cools, aucun stress, relax. C’est un aspect que tout confirmera par après, et c’est valable pour les trois îles, les Polynésiens sont charmants, attentionnés, souriants, et se sentent très peu métropolitains.
Vahiné à Bora-Bora

Ce qui nous frappe aussi très vite (surtout en dehors de la ville), c’est que tout est différent ou inconnu. Les arbres : il n’y en a quasi pas un qui pousse chez nous, et aucun ne pousse comme chez nous ; les branches des pins de Norfolk sont courbées vers la cime, les troncs des banians atteignent huit mètres de diamètre, la canopée des tamanus façonne la pente des montagnes, les contreforts des mapes cartographient les marais... Ajoutez à ça l’infinité d’arbres, d’arbustes florifères et de fleurs tout court (ça, on connaît mieux, on en trouver chez tout bon fleuriste de chez nous), et vous obtenez des forêts magiques (on s’attendrait à l’entendre parler et se déplacer, comme dans « Le Seigneur des Anneaux ») ou des bords de route paradisiaques. Et comme il n’y a quasi qu’une seule route (circulaire, 130 km pour Tahiti, 65 pour Moorea et 35 pour Bora-Bora), cela donne l’impression de faire le tour d’un immense jardin. Normal que les vahinés (= femme en polynésien) portent en permanence une fleur de tiaré dans les cheveux, il y en a partout. Et ce n’est pas que pour les touristes : celles qu’on croise à vélo, ou au marché, c’est pareil. Pour les touristes (ou dans les grandes occasions), c’est carrément le collier de fleurs.
Cette végétation exubérante sert évidemment de terrain de jeux aux innombrables oiseaux tropicaux, et là encore, on ne reconnaît rien. Au passage, on identifie bien un mainate ou un pétrel, mais à part ça, c’est tout un petit monde coloré qui volète et donne aux îles un aspect résolument « Avatar ». 
 Coq (sacré?), marae Titiroa, Moorea
Poule de l'Intercontinental *****
La seule exception, c’est le poulet. Sans blague, il y en a partout : le long de la route, dans les rues de Papeete, au milieu de la jungle, dans les hôtels. Ils n’appartiennent à personne, si ce n’est au paysage.
La langue polynésienne ne compte que 15 consonnes (j’ai l’impression qu’on a retiré les plus agressives), ce qui lui donne ses accents très chantés. Ma-rou-rou ! (au revoir). C’était aussi une langue parlée, ce qui explique le grand nombre de répétitions, histoire de mieux se faire comprendre (comme en français, j’en ai marre marre marre est plus clair que le simple j’en ai marre) : hono-lu-lu, bora-bora, tahiti-iti, et autres pago-pago. Vivre ici, c’est aussi enrichir son vocabulaire vernaculaire : les unu qu’on trouvait anciennement sur les uhu des marae ont gardé leur caractère sacré. Comprenez : les sculptures qu’on trouvait sur les autels des temples avant l’arrivée des Européens ont gardé leur caractère sacré. Et les temples aussi d’ailleurs, qu’on découvre un peu partout et qui sont toujours des lieux de méditation et d’offrandes.
Marae Arahurahu, Tahiti
Tiens? Une pub! (Grotte de Maraa, Tahiti)
Et puis, bien entendu, il y a la lumière et l’eau, qui interagissent pour faire briller les feuilles, colorer les fleurs, éclater les couleurs, créer 51 nuances de turquoise et 1.001 cartes postales à chaque moment de la journée. Pas fastoche d’ailleurs d’éviter d’en faire en photographiant n’importe quel paysage. Qu’est-ce que c’est beau !
Bijoux en perles, nacre et dents de requin
L’expression « la perle » (qu’on trouve dans tous les guides touristiques pour désigner n’importe quoi) trouve ici tout son sens : on trouve des fermes perlières un peu partout et le touriste avisé en aura fait le plein lors de son séjour ici.
Alors, qui sur la première marche du podium ? 

    Baie d'Opunohu, Moorea  
                                                 
Les 3 cascades, Tahiti
Approche en hélico, Bora-Bora : ce jour-là, 3 bateaux = 7.500 touristes
Mont Otemanu, Bora-Bora
Pour moi, c’est Moorea à la taille humaine, intéressante à visiter, et offrant les plus beaux paysages. En second, Tahiti et ses superbes sites archéologiques, superbes jardins et superbes cascades. Mais seconde à cause de Papeete bruyante et embouteillée (20.000 voitures qui y entrent et en sortent tous les jours par une seule et même route). Triste de voir ça sur une île autrement paradisiaque. Et en bronze, Bora-Bora (un bronze très doré quand même), en dépit des plus beaux paysages marins qu’on puisse imaginer. Sa petite taille et sa réputation attirent chaque jour des milliers de touristes. Mais donc ces milliers de touristes s’entassent chaque jour aux mêmes endroits et donc adieu au calme, à l’authenticité et au doux chant de la langue polynésienne. Ici, ça se passe en anglais, en musique et en dollars. Ça gâche quand même un peu le plaisir.
Pour Marie-Christine, c’est 1 Bora-Bora, 2 Tahiti et 3 Moorea, comme quoi…

Cela dit, on est d’accord sur un point : l’escale à la Société se sera révélée la plus belle de la croisière jusqu’ici. Et le tiercé, quel qu’il soit, avéré gagnant.
MM